Silica*


Il mâche un bon goût à la menthe, couleur blanche dans la bouche, il

préfère le chewing-gum à la menthe couleur verte.

Le blanc il le presse en boule.

Il garde méticuleusement les pépins du raisin sur sa table de chevet en pin. Le grain de fruit couleur de pin est si réduit qu’il rencontre l’orifice d’une petite paille; touillette US couleur café. En plastique, fine et brune, il décide d’en coller deux ensemble avec le chewing-gum blanc et il enrobe le tout de pépins marrons.

Pierre rencontre Owen, qui lui donne une pierre plate dans l’appartement (flat), comme une poignée de main préhistorique. Tient-il un faux silex ?

En son bout pointu, Pierre pointe le bout de son nez; telle une souris, grise et blanche, un peu calcaire mais attachante. C’est un cadeau, gris entouré d’une ficelle orange, très solide, très fine. Le cadeau reste empaqueté au chevet du lit, recouvrant un trombone, au cas où Pierre aurait envie de classer ses idées avant de trouver le sommeil.

Nuage, le gris minéral sur le blanc est brumeux, mat et duveteux à la fois, alors que le noir sur le blanc du sachet dessiccant est éblouissant, à côté de la plaque.

À la dérive, il pense à certaines femmes accros au kaolin en Afrique. Il connaissait le gel de silice pour détendre les muscles, mais pas pour conserver les vêtements. Le sachet reste là mais il préfère conserver les plantes, le ginkgo biloba, « arbre sacré » dit-on.

Sa feuille épouse le cerne de la pierre, d’une corolle beaucoup plus légère. La tisane détend, alors que les boules Quies isolent, pourquoi sont-elles de couleur verte ?

Celle de Pierre est couleur sapin.

 

 

 


* Texte tiré d’une photographie prise en décembre 2014 à Syracuse, New York.

Ce qui s’oxyde le plus, quand je commence à écrire, c’est mon intuition du rapport à une notion, à sa transformation par toutes les influences qui viennent la contourner. Mais ce qui importe, c’est l’élan vital exprimant la nécessité de revenir à une pensée première, et de l’étreindre. Les différents stades de la matière viennent s’emparer à la fois du corps et de l’esprit, pour former un montage qui s’additionne, s’entrecroise de récits fictifs – jusque dans l’installation, notre moment.

ANTIOXYDANTS, Lisa Pélisson,

Mémoire DNSEP, Art Objet 2016

" Extraîts de « Guardare ma non toccare ",
ou l’importance de la soma-esthétique

À côté de nos mondes artistiques très singuliers, l’amateur prend simplement du plaisir avec ces matières.

Le mardi soir74, il se livre avec d’autres à des loisirs créatifs, pour le bien de chacun. Il est intéressant d’évoquer ces frontières, que je trouve en liaison avec un art brut d’aujourd’hui. Je ne cherche pas à décloisonner les milieux, mais plutôt à questionner, souvent par le rire, et pourquoi pas, à dialoguer avec un public qui n’est pas toujours averti. L’artiste céramiste a tous les droits de créer à sa manière des sculptures en mosaïque, à partir de bols pincés, des carreaux, des vasques sanitaires, ou encore des prothèses dentaires...

Ces « poncifs », en céramique, renvoient à un détournement de nos actes quotidiens. Se laver, se poser un masque, modeler un bol en argile ou composer des bouquets deviennent autant de gestes artistiques qui intérieurement nous reposent, éventuellement nous rassurent.

J’en suis arrivé à créer mon propre langage, « for my compo sûre75 ». Les gestes que j’effectue sont inévitablement actionnés par une prise en compte de mon état d’esprit changeant. Je me sens proche d’un univers fait de composi- tions formelles dédiées à un art sain76.

74 J’ai moi-même commencé la céramique en centre social, j’étais en CP ; jusqu’au lycée j’ai pris des cours, au tout début c’était le mardi, puis le mercredi, et les week-ends raku. Aujourd’hui l’atelier Terre, c’est tous les jours. À partir de là, est-ce que cela m’éloigne il du droit de parler de passion ?

75 J’ai inventé cette expression en lien avec mon séjour aux États-Unis. Le mot « composure » en anglais traduit le calme vital que peut me procurer la création. Et l’abréviation « Compo » renvoie à l’idée de composition, tout aussi nécessaire dans la recherche.

76 Voir Louise Bourgeois, Art is a Guarantee of Sanity, 2000, crayon sur papier rose, 27,9 x 21,5 cm, The Museum of Modern Art, New York. Cette phrase est l’un de mes moteurs.