De la cigarette au bout des trucs,

Avril 2016,

céramique, terres mêlées: argiles réfractaires, grès, porcelaines, installation, dimensions variables.

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Rue de Molsheim*

Ce soir Monsieur écrase une cigarette. Une fois qu’il a bien pressé la cigarette, ses doigts maintiennent la tige en la pressant vers le bas, à plat, sur du dur. Perpendiculaire. La ligne droite sort moins rigide, elle ondule, crépite. Le feu s’éteint. Il regarde la fumée, l’objet, s’arrête sur les minuscules crevasses naissantes, elles déplient de petites fesses de terre.

Ce soir il écrase à nouveau une cigarette, comme s’affaisse la terre. Il veut revenir à ce moment incandescent ; ce moment s’écourte, il s’en délecte.

La cigarette, c’est synthétique, grotesque comme gros texte, dans les publicités de l’industrie.

Quant à la terre, elle est tirée tout droit des carrières. Battez-la, enlevez les bulles : construire l’enveloppe autour du vide, ou dans le vide. Remplir (le tabac se compacte). Rigidifier la paroi, aligner. Attendre le bon moment pour prendre en main ou mettre sur l’étagère. C’est sec, c’est prêt, brûler, fumer. Attendre le bon moment pour mettre d’autres feuilles de terre/verre par dessus. C’est émaillé, c’est prêt, brûler, encore une fois, plus fort.

Coule céramique.

Sortir ailleurs, ensemble, cigarette au bec, ils discutent. Jeter ailleurs les boudins moins ou trop bien réussis.

Attendre le bon moment pour étaler ces boudins de terre ailleurs, ensemble encore.

*Adresse personnelle, à côté du musée d’Art moderne et contemporain de Strasbourg, rez-de-chaussée sur cour. Hésitante, elle écoute « New Error », musique composée par Moderat. Ce titre apparaît dans la bande originale du film Laurence Anyways (2012) de Xavier Dolan.